Université des Mégalithes

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Vishaps- les monuments énigmatiques d’Arménie

Localisation des vishaps (Source: RCCHD, de Bobokhyan, Gilibert, Hnila, p.287, traduit de l’arménien)

 

Vishaps- les monuments énigmatiques d’Arménie (Lousine Terteryan)

Est-ce que le mot Vishap vous parle ? C’est un mot arménien (վիշապ) qui signifie dragon. Mais ce même mot désigne les monuments préhistoriques, extraordinaires qu’on nomme traditionnellement “ Dragon en pierre ” ou tout simplement Vishap. Ils se trouvent dans les montagnes d’Aragats,  Geghamas, Javaghk, Treghk et Tayk. Dernièrement ils ont également été dévoilés dans la région de Van.  Malgré le fait qu’ils ont été découverts depuis un siècle, leurs énigmes ne sont toujours pas déchiffrées. Au total 150 Vishaps ont été dénichés jusqu’à présent dont 90 se trouvent sur le territoire de la République d’Arménie et les autres sur le territoire de l’Anatolie (Haut plateau Arménien note 1). Ces monuments sont uniques dans leur genre tels que les Khachkars (Croix à pierre note 2) qui selon certains spécialistes sont la continuation de l’art de Vishaps. « Les Vishaps ont 150-550 cm de hauteur, sont sculptés de la pierre grise-basalte. Selon leur forme, ils se divisent en trois parties : 1. à la forme de taureau (ils sont rectangulaires, sur la façade avec de la gravure à la tête de taureau ainsi que des pattes penchées) ; 2. à la forme de poisson (sculptés à la façon de poisson), 3. et les hybrides (portent les caractéristiques des deux) », -présente Arsen Bobokhyan de l’Institut d’Archéologie et d’Ethnographie de la République d’Arménie, co-directeur des fouilles réalisées de 2012-2019.

Ces monuments sont apparus sur le territoire du Haut plateau Arménien aux alentours du III millénaire avant notre ère et y ont existé jusqu’au début du I millénaire avant notre ère. Les Vishaps sont des monuments religieux et impressionnants avec un grand impact artistique et rituel. Étant l’objet d’études archéologiques, néanmoins, les Vishaps ont attiré les spécialistes de domaine de l’art, de la mythologie, du culte et moins des archéologues. C’est ce qui leur rend un aspect mystique. “Les anciennes études de ces monuments ont créé les prérequis essentiels sur la base desquels nous pouvons approfondir nos connaissances ”-souligne A. Bobokhyan. Les derniers travaux entamés en 2012 avec une collaboration mise en place par l’initiative de l’Institut d’Archéologie et d’Ethnographie de l’Académie de Sciences de la République d’Arménie, avec la collaboration de l’Université de Venise et l’Université Libre de Berlin (co-directeurs du projet Arsen Bobokhyan, Alessandra Gilibert, Pavol Hnila), n’avaient qu’un but d’étudier le phénomène de Vishap avec des méthodes de l’archéologie moderne. L’expédition a travaillé en trois directions : dans le territoire de la République d’Arménie, dans le territoire d’Arménie historique (Turquie), plus précisément dans les régions Tayk et Vanand et enfin, des fouilles réalisées en Karmir Sar (Montagne Rouge), où se trouve un monument nouvellement découvert nommé Tirinkatar. Ce dernier se situe à 3000 m d’altitude. Tirinkatar s’étend sur un plateau de surface de 40 ha et comporte 12 Vishaps qui étaient liés aux structures de cromlech. “Il s’agit de la plus grande concentration de Vishaps  dans un seul environnement historique et géographique connu jusqu’à présent. De plus, le contexte d’au moins trois Vishaps semble bien conservé”. Dans ce groupe de Vishaps, il existe Tirinkatar I qui est unique dans son genre ayant conservé de pétroglyphes. Cet endroit était et reste un lieu de culte. Par exemple le Saint du Tirinkatar qui est un lieu de pèlerinage jusqu’à nos jours. Les habitants des alentours lient la légende du Saint de Tirinkatar avec la divinité incarnant le printemps, Ara le Beau note 3. On croit que le trône avec les chaises d’Ara le Beau s’y trouve.

Durant le siècle d’études des Vishaps, ils ont toujours été identifiés avec le culte de l’eau et ont été liés à l’irrigation. “Mais les derniers travaux archéologiques ont révélé qu’ils sont plus complexes qu’un simple culte d’eau. Cette caractéristique suggère que ces derniers sont principalement liés à l’organisation de la mémoire collective et sont des monuments situés dans des environnements rituels, qui peuvent être de nature syncrétique, ont un contenu multifonctionnel (entre autres, en relation avec les systèmes d’irrigation). Cette fonction des Vishaps trouve certains parallèles dans les cultures mégalithiques préhistoriques”. Ces monuments se trouvent habituellement sur deux niveaux d’altitude : a) haut montagneux: environ de 2.400 à 3.200 m, où il n’existe pas d’habitat permanent mais il y a d’habitat d’été, cromlechs et sanctuaires ; b) contrefort: environ 1.200–2.300 m d’altitude, où on peut trouver des habitations permanentes ainsi que temporaires, maison d’été, cromlechs et sanctuaires. Les Vishaps de ces deux domaines peuvent être considérés en tant qu’ancrés dans le système d’interactions de différents groupes socio-culturels.

Des menhirs particuliers

Selon Arsen Bobokhyan, en tant que monolithe, les Vishaps ressemblent aux menhirs européens par leur forme ainsi que leur fonction. Pourtant ils se distinguent par leur iconographie claire et canonique qui les classent en trois types authentiques (comme cela avait été mentionné précédemment : à la forme de taureau, à la forme de poisson et hybride). Les trois types de Vishaps ont été sculptés et travaillés de tous les côtés sauf la “queue” ce qui laisse deviner qu’ils avaient autrefois été positionnés debout. Principalement les Vishaps se trouvent dans leur emplacement initial, allongés et de 3000 m d’altitude. La grande partie de Vishaps devrait avoir une position verticale, l’autre-horizontale. “La position verticale des Vishaps fait penser aux certains spécialistes d’éléments de phallus dans leur interprétation ce qui ne correspond pas à la réalité”. Ces monuments sont toujours présentés en groupe et ils sont rares les cas où les Vishaps sont seuls. En 2012-2019, les travaux réalisés dans le cadre de l’expédition ont révélé que ces derniers se trouvaient principalement sur les espaces à côté des eaux parmi les structures telles que des cromlechs, étant entourés par de tombeaux, de pétroglyphes ou de structures à la forme de tour.

L’âge des Dragons

Quel âge ont ces Dragons-en-pierre ? “Il est difficile de définir quand les Vishaps ont été érigés. Il n’est pas à exclure que l’art de la création de dragon-en-pierre remonte aux V-IV millénaire avant notre ère”- explique A. Bobokhyan. En réalité, il est très compliqué de définir l’âge exact de ces structures car elles ont été érigées loin des habitations donc l’analyse radio-carbonique (basée sur des restes de ces dernières) rend cette tâche encore plus difficile. “Actuellement, on peut constater que les Vishaps ont été présents dans la vie culturelle et cultuelle à l’âge du Bronze et approximativement, au courant du II millénaire avant notre ère. Grâce aux résultats de nouvelles fouilles archéologiques, nous possédons environ 30 datas basées sur les analyses radio-carboniques. Ces datas prouvent que les fréquentations d’homme dans les territoires montagneux où se trouvent les groupements de Vishaps, ont entamé aux V-IV millénaires avant notre ère, mais la floraison de la période des Vishaps devrait commencer au II millénaire, c’est-à-dire, durant des siècles de mi et tardif âges du Bronze” souligne A. Bobokhyan.

Qui et pourquoi érigent les Vishaps?

En étudiant des monuments comme les Vishaps, qui ne sont pas accompagnés de textes écrits, la possibilité de comprendre la signification de ces derniers reste le contexte mythologique et rituel. Pourraient-ils incarner à la fois la vénération de l’eau, du feu et de la pierre ? Les Vishaps sont des artefacts hautement symboliques, reflétant le monde spirituel de l’ancienne population de la région. Dans la littérature scientifique, ils ont été interprétés comme liés aux dragons mythiques (Atrpet, N. Marr, B. Piotrovsky), à la déesse mère (M. Abeghian), au dieu mourant et renaissant dans la mythologie arménienne-Ara le Beau (G. Kapantsyan) et avec un mythe de combat de dragon (A. Mnatsakanyan, A. Petrosyan, S. Harutyunyan). Ils doivent probablement leur nom à des contes populaires locaux où les dragons sont des géants monstrueux vivant dans les montagnes. Ou, peut-être, le nom est dû à une incompréhension des images gravées sur eux : en fait, il n’y a pas de dragons sur les stèles mais plutôt de poissons et de têtes bovines.

Si les Vishaps dites à la forme de taureau ont en réalité une forme rectangulaire avec une gravure qui représente l’animal (la plupart du temps-taureau) sacrifié et posé sur le monument : par contre, ceux dits poissons sont sculptés à sa forme. Ils ressemblent aux espèces de poissons qu’on trouve sur place tels que le poisson-chat et la carpe. Selon certains spécialistes, le lien de monuments Vishaps avec la légende de la lutte contre les dragons par le dieu de l’orage est évident. Les Vishaps dites à la forme de taureau représentent l’animal sacrifié et exposé ce qui fut une tradition rituelle très répandue. Par exemple, chez les hittites on exposait la peau d’animal sacrifié sur un arbre.  Le taureau était considéré comme un animal sacré sur le territoire d’Anatolie depuis la période néolithique. Cette tradition était particulièrement répandue depuis la période chalcolithique et surtout le début de l’Âge du Bronze. Ce fait est attesté par de nombreuses découvertes de statuettes et de foyers zoomorphes à tête barbotte.

Mais la fonction principale de Vishap reste le lien entre la vénération de l’eau et son utilisation. Selon A. Bobokhyan, cet avis prédomine grâce des raisons suivantes : a) le relief : les Vishaps sont essentiellement présents dans les endroits près de source d’eau ; b) l’emplacement : les Vishaps se trouvent principalement aux axes des anciens lacs et système d’irrigation ; c) leur forme : un des trois types de Vishaps est sculpté à la façon de poisson ; d) l’iconographie : les Vishaps-poissons portent d’éléments de la présentation du poisson et ceux qui sont à la forme de taureau, possèdent des images d’interprétation de l’eau telle que l’eau qui coule de la gueule de l’animal sacrifié; e) la base ethnographique : les stèles telles que les Vishaps ont été associées aux rituels d’invocation de la pluie ; les spécialistes du domaine, insistent sur le lien de ces monuments avec la fête de Vartavar (en arménien Վարդավառ) note 4 ; g) la base mythologique : le personnage du dragon dans la mythologie arménienne est directement associée à l’idée de la préservation de l’eau. Pourtant si le dragon est le créateur, distributeur et défendeur de l’eau durant la période préchrétienne, ensuite, il devient l’opposé de ce personnage. Désormais, il incarne le bannisseur de l’eau.

Le concept du dragon a vécu plusieurs étapes du développement en incarnant différents phénomènes.

  • Durant la première étape, dragon incarne les phénomènes naturels (“étape élémentaire”, probablement III millénaire avant notre ère). Durant la deuxième étape, il obtient des éléments d’animaux (période du totémisme exposé dans le phénomène de Vishaps, aux environs III-II millénaire avant notre ère). A l’étape suivante, le dragon devient anthropomorphe incarnant l’homme (Kuera note 5, Ara note 3, Aramazd note 6, Vahagn note 7, Tir note 8) et femme (Astghik note 9, Anahit note 10) ; le dragon peut les incarner ou devenir leur antipode (étape du panthéon au I millénaire avant notre ère).
  • A l’étape suivante, le dragon est ôté de ses particularités initiales en se transformant en personnage inférieur, démoniaque-serpent en préservant certains éléments des étapes précédentes (étape du christianisme, début du I millénaire avant notre ère).
  • A l’étape ultérieure, le caractère de dragon obtient un mélange d’anciennes et nouvelles images. Ainsi il redevient élémentaire en reproduisant la mémoire archaïque.

Actuellement, la préservation de ces monuments dites Vishaps est urgente. “Il existe deux types de menaces pour ces monuments : leur destruction dans leur emplacement initial et le déplacement vers les zones basses. Ce processus a entamé au I millénaire avant notre ère- durant la période urartéenne 12, a augmenté au Moyen Âge et malheureusement continue jusqu’à aujourd’hui. Notre mission consiste à préserver ces monuments et présenter leur valeur culturelle et scientifique ”-alerte A. Bobokhyan.

Notes

  1. Haut plateau Arménien – ( Հայկական լեռնաշխարհ) couvrait un territoire qui se divise entre l’Arménie, dans la partie occidentale l’Azerbaïdjan, le sud de la Géorgie, le nord-ouest de l’Iran et la partie nord-est de la Turquie. Ce territoire se situe au milieu des massifs montagneux de Transcaucasie qui relient le Petit Caucase aux monts Taurus.
  2. Khatchkar ou Croix à pierre – (խաչքար ) est une stèle de forme arquée ou rectangulaire, sculptée d’une ou de plusieurs croix accompagnées souvent d’un décor ornemental, parfois de figures humaines et d’inscriptions. Spécificité de l’art arménien, il était autrefois présent sur tout le territoire de l’Arménie historique et est aujourd’hui particulièrement préservé en Arménie et au Haut-Karabagh.
  3. Ara le Beau ( Արա Գեղեցիկ Ara Geghetcik) est un héros arménien légendaire. Il est célèbre pour l’aventure qui l’a opposé à la reine assyrienne Sémiramis (Շամիրամ, Chamiram). Il est le dieu renaissant qui symbolise le printemps dans la mythologie arménienne.
  4. La Vardavar (Վարդավառ) est un festival traditionnel d’Arménie où les gens de tous âges s’aspergent d’eau entre eux. Bien que maintenant une tradition chrétienne célébrant la transfiguration de Jésus-Christ, l’histoire de Vartavar remonte à l’époque païenne. L’ancienne fête est traditionnellement associée à Astghik déesse de l’eau, de la beauté, de l’amour et de la fertilité. Les festivités associées à cette célébration religieuse d’Astghik ont été baptisées « Vartavar » car les Arméniens lui ont offert des roses en guise de célébration (vart signifie « rose » en arménien et var signifie « soulèvement »). La Vartavar est généralement célébrée au moment de la récolte des roses.
  5. Kuera (Կուեռա) est une divinité urartéenne qui incarnait le dragon protecteur de l’eau souterraine, les puits et les sources d’eau en générale.
  6. Aramazd (Արամազդ) est le père de tous les dieux et de toutes les déesses, c’est-à-dire, dieu principal du panthéon arménien. Il est le créateur du ciel et de la terre ; il est responsable de la fertilité de la Terre.
  7. Vahagn  (Վահագն) est une divinité du paganisme arménien. Il est comme beaucoup d’autres dieux fils d’Aramazd. C’est un dieu guerrier que l’on peut comparer au Scandinave Thor comme étant le lien de rapprochement le plus adéquat.
  8. Tir (Տիր) fut le scribe d’Aramazd, le dieu incarnant la protection de l’écriture, de l’éducation et des sciences. 
  9. Astghik (Աստղիկ) la fiancée de Vahagn incarnait la divinité de la beauté, de l’eau et de l’amour.
  10. Anahit (Անահիտ) était la déesse-mère incarnant la fécondité. Elle protégeait les naissances (comparable à Aphrodite), était également la déesse de la beauté et de l’eau dans le paganisme arménien.

Les photos et les légendes

Taureau-vishap (Initialement à Tokhmakha Gyol 4. Déplacé en 1970 sur la colline voisine, lorsque le lac Vishapa a été élargi). Source: The Armenian Vishap Stelae, Bobokhyan et al. p.344)

Photo 3 taureau-vishap : les montagnes Géghamas ; Tokhmakha Gyol 4. Type de Vishap – taureau ; pierre basalte ; bien préservé ; dimensions 205×76×24. Initialement le Vishap était à Tokhmakha Gyol  2700 mètres d’altitude.  Le contexte est inconnu. Actuellement, il se trouve au lac Vishapa (de Dragon). Le monument a été déplacé en 1970 lorsque le lac Vishapa a été élargi et a été replacé sur la colline voisine.

Poisson-vishap (Initialement à Tokhmakha Gyol 5. Déplacé à Erevan en 1970 lors de l’élargissement du lac Vishapa. Source: The Armenian Vishap Stelae, Bobokhyan et al. p.345)

Photo 4 poisson – Tokhmakha Gyol 5 (Montagnes Géghamas). Type de Vishap -poisson. Pierre –basalte. Bien préservé. Dimensions 343×43×83. Initialement, il a été retrouvé à Tokhmakha Gyol à 2700 mètres d’altitude. Le contexte est inconnu. Le monument se trouve à Erevan. Il a été déplacé en 1970 lors de l’élargissement du lac Vishapa.

Khachkar-Oulgyur, Montagnes de Vardenis: vishap–taureau reconverti en Khachkar (pierre-en-croix) en 1009, Endroit initial inconnu. Actuellement à l’église Sainte Marie d’Aghavnadzor. Source: The Armenian Vishap Stelae, Bobokhyan et al. p.359)

Photo 5 Khachkar-Oulgyur (Montagnes de Vardenis): Type –taureau : Pierre-basalte : bien préservé, reconverti en Khachkar (pierre-en-croix), porte des inscriptions sur la façade et sur les côtés (derrière il existe une croix) ; côté d’est une image humaine réalisée dernièrement. Les dimensions 353×93×40. L’endroit initial ainsi que le contexte sont inconnus. Actuellement se trouve à 1950 mètres d’altitude. Selon l’inscription, le monument a été reconverti à Khachkar en 1009. Le monument est actuellement au village Aghavnadzor, au sud de l’église Sainte Marie.

Pour plus d’information

 

À propos de Jean-Marc Bélot

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Cette entrée a été publiée le 9 février 2021 par dans @ Pierres, Arménie, Turquie.

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